La transformation digitale est-elle l’avenir de l’égalité entre les hommes et les femmes ?

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des convictions et des idées
Business concept. Illustration of collaboration, teamwork and creative thinking

 

La transformation digitale est-elle une formidable opportunité d’accélérer l’agenda de la mixité ou risque-t-elle au contraire de creuser les écarts, voire de créer de nouvelles formes d’inégalités ?

Le débat agite le monde des prospectivistes. Le blog Financi’Elles fait le point sur les éléments d’analyse disponibles. 

 

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révolutionOn l’appelle la « quatrième révolution industrielle » et c’est devenue lapalissade de dire qu’elle se fait à un rythme et une ampleur jamais vus, entraînant des évolutions économiques majeures mais aussi d’importantes mutations sociales et culturelles. La transformation digitale est indiscutablement en train de changer le monde.

Entre appréciation des espoirs suscités et prise en compte des résistances observées, les prospectivistes sont partagé.es quand il s’agit de distinguer ce que ce massif mouvement de changement annonce de nouveaux risques et promet de progrès.

La question de l’égalité femmes/hommes n’échappe pas à ce débat : la transformation digitale est-elle une formidable opportunité d’accélérer l’agenda de la mixité ou va-t-elle au contraire creuser les écarts, voire créer de nouvelles formes d’inégalités ?

Le blog Financi’Elles fait la revue des contributions récentes sur les effets attendus de la transformation digitale sur l’égalité professionnelle.

 

La posture 3.0 : une chance historique pour les femmes au travail ?

Tou.tes les expert.es de l’innovation le disent : la transformation digitale n’est pas une transition technologique apportant de nouveaux outils, mais une authentique révolution culturelle, métamorphosant littéralement les usages, les valeurs et les postures.

Tandis que s’installent de nouvelles « façons de voir » (le temps, les espaces, le pouvoir…) et de nouvelles « façons de faire » (quand « expérimenter » compte plus qu’« anticiper », « savoir où chercher » est plus important qu’être « expert.e », « partager » plus efficace que « contrôler »), ce sont les cartes de la compétence et de la légitimité qui sont entièrement rebattues et les « codes » de la vie en entreprise radicalement revus

Et cela conviendrait plutôt bien aux femmes :

  • +1-infogVS-280515-02-1Le temps de travail n’est plus celui de la présence au bureau : finies les acrobaties pour articuler les temps de vie !
  • La légitimité par le statut serait contestée par celle du contenu et des résultats obtenus : plus besoin de se défaire du complexe de la bonne élève pour se faire respecter et obtenir une reconnaissance méritée pour son travail (et rien d’autre que son travail).
  • Le formalisme dans les échanges professionnels serait has been : basta l’imagerie classique du boss à cravate ajustée qui pense « chaque matin en se rasant » à conquérir le monde ! Vive les néo-leaders en tenues colorées et décontractées qui ont plein d’idées en tête quand elles appliquent leur mascara!
  • Le schéma de carrière en entreprise ne se concevrait plus en verticalité mais permettrait à chacun.e de progresser dans d’autres dimensions : explosé, le plafond de verre puisque « monter » dans les étages de l’entreprise ne serait plus la voie unique vers la réussite !

Le cabinet Birds Conseil, entre autres, en est convaincu : la culture digitale est de nature à faire sauter (preque) tous les freins à la progression professionnelle des femmes…

Car les femmes connectées, dit une étude Capgemini présentée à l’occasion de la Journée de la femme digitale 2015, se révèlent de formidables audacieuses : elles sont 60% à porter des projets d’innovation avancée dans leur entreprise et 95% à considérer que le digital offre des opportunités inédites à l’entrepreneuriat (Pour rappel, dans l’économie « classique », elles sont 45% à exprimer des craintes, notamment celle d’échouer, à la perspective de lancer leur propre affaire – Centre d’Analyse Stratégique/Caisse d’Epargne 2013).

 

Le gender connectivity gap : femmes et hommes du monde entier ont-ils pareillement accès à « l’infrastructure » digitale ?

Infographic-womens-day_3Certes, on a bien compris que le digital n’était pas une affaire d’outils mais de culture. Toutefois, pour entrer dans ce nouvel âge de la civilisation, encore faut-il avoir accès au minimum des infrastructures de télécommunications.

Or, parmi les grands enjeux de développement actuels, il y a la réduction du « connectivity gap » qui sépare le monde ultra-connecté de ce qu’il faut bien appeler de véritables déserts numériques. En l’occurrence, ces « zones blanches » qui laissent à l’écart de la connectivité plus de 4 milliards d’individus à l’échelle mondiale (soit près de la moitié de l’humanité), selon les estimations de la Cherie Blair Foundation for Women, sont aussi celles qui accusent de vrais retards du point de vue de l’empowerment des femmes. C’est donc en quelque sorte double peine pour celles qui n’ont pas suffisamment bénéficié des progrès amenés par les précédentes révolutions industrielles pour être en mesure de prendre le train de la quatrième.

Un rapport de Télénor Group, paru en mai 2015, évalue à 23% le « gender connectivity gap », c’est à dire l’écart d’accès aux TIC entre les hommes et les femmes, à l’échelle mondiale. La même étude insiste sur l’urgence de remédier à ce fait d’inégalité, puisque que 85% des femmes dans le monde estiment que pouvoir se connecter est un levier premier de leur libération et de leur empowerment.

 

Déficit de femmes dans les filières technologiques : la menace d’une « massive perte de chance » pour les femmes

Admettons toutefois que l’on parvienne à équiper l’ensemble de la planète du minimum infrastructurel dans de brefs délais, peut-on vraiment compter sur la transformation digitale pour réduire les inégalités professionnelles ?

CZNqbBmXEAAzrd4Rien n’est moins sûr, selon les expert.es du Forum Economique Mondial qui ont présenté, en ouverture du dernier sommet de Davos, un rapport sur les métiers de demain… Qui fait l’effet d’une douche froide!

On y mesure le coût que représentera la destruction nette d’emplois consécutive à la robotisation de nombreuses tâches et à la dématérialisation de tout un ensemble de services, dans les 5 années à venir : ce prix sera payé à peu près dans les mêmes proportions par les hommes et les femmes. Mais pour quelle création d’emplois en face ? 1 de gagné pour 3 de perdus dans la population active masculine et 1 pour 5 dans la population active féminine. Autrement dit, il y a urgence à préparer la transition professionnelle de tous pour inverser le ratio destruction/création d’emplois ; en accordant une vigilance toute particulière à celle des femmes.

Les auteur.es de l’étude ne prennent pas de gants pour conclure : au rythme (exceptionnellement rapide) où va la transformation digitale d’une part et à celui (encore beaucoup trop lent) où se font les progrès de la mixité d’autre part, ce n’est pas à un statu quo qu’il faut s’attendre sur le front de l’égalité professionnelle, mais à un vrai recul dans les années qui viennent. On parle de « massive perte de chances » pour la population féminine si les acteurs du secteur des sciences et technologies ne prennent pas rapidement des mesures pour féminiser leurs effectifs. Ceux-ci sont encore à 81,9% masculins en Europe, indique Eurostat dans une communication de janvier 2016.

Le temps ne serait donc plus seulement à stimuler les vocations scientifiques chez les générations futures de femmes, même si cela reste absolument indispensable, mais à engager tout de suite la mise en œuvre de politiques actives pour recruter, promouvoir et retenir les femmes dans le secteur économique « le plus porteur » pour l’emploi, les rémunérations et les perspectives de progression professionnelle.

 

Marie Donzel, pour le blog Financi’Elles.

 

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