« La mixité n’est pas un sujet de femmes pour les femmes : c’est l’affaire de chacun.e, au bénéfice de toutes et tous »

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des convictions et des idées en direct des réseaux ! la mixité en action
Garance Wattez-Richard & Nathalie Aubonnet

 

Rencontre avec Garance Wattez-Richard et Nathalie Aubonnet, co-présidentes de Mix’iN, réseau mixité d’AXA.

Garance Wattez-Richard & Nathalie Aubonnet

Garance Wattez-Richard & Nathalie Aubonnet

Garance Wattez-Richard est directrice d’AXA Emerging Customers. Nathalie Aubonnet est, elle, directrice prévoyance particulier/professionnels d’AXA France.

Ensemble, elles co-président Mix’iN, le réseau mixité d’AXA. La rédaction du blog Financi’Elles les a interrogées sur leur vision de l’égalité femmes/hommes et le rôle d’un réseau pour la faire progresser.

 

 

A quel moment dans votre parcours, et pour quelles raisons, vous êtes-vous emparées de la question de la mixité ?

c93a27c1d4b13fac1ac9359f3409b1851b4169bc_6733-305x-sheforshield_postcard_916Garance Wattez-Richard : J’ai été en charge de l’initiative « les femmes et l’assurance » menée en partenariat avec la Banque Mondiale et Accenture, pour explorer l’état et les perspectives du marché de l’assurance et de la protection des femmes partout dans le monde, que ce soit dans les marchés matures ou ceux qui « émergent ». Le rapport SheForShield sur lequel ce travail a débouché montre à quel point le monde de l’assurance a ignoré les femmes, jusque très récemment. On couvrait bien quelques besoins, tels que ceux liés à maternité, ou à des maladies proprement féminines. Ceux des femmes en tant que femmes. Mais l’on ne protégeait pas les besoins de la femme dite « preneuse de décision ». La femme propriétaire d’actifs, entrepreneur, chef d’entreprise. La femme sans conjoint ni enfants, ou avec seulement l’un des deux – par choix, ou pas. Autant de personnes à protéger nées des évolutions de la société et pour lesquelles on n’avait pas d’offre dédiée. Aujourd’hui, c’est un axe fort de la stratégie du groupe AXA.

C’est par cette voie business que me suis sentie légitime à m’intéresser à la situation des femmes car je dois dire que l’approche féministe militante ne m’a jamais séduite. D’ailleurs pendant longtemps je me suis même positionnée « non-féministe ». En réalité, il y a plusieurs féminismes. A 20 ans on n’est pas la même féministe qu’à 40. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de dire que je suis féministe. Plus précisément, et pour paraphraser Eloïse Bouton, de dire que je suis féministe free-lance.

 

 

gender equality oppottunitiesNathalie Aubonnet : Mon histoire d’engagement en faveur de la mixité est un peu différente, davantage lié à mon cheminement personnel. J’ai toujours été convaincue de la nécessité d’agir pour l’égalité femmes/hommes, sans pour autant être directement concernée par les discriminations de genre ou le plafond de verre.

Ingénieure de formation, j’ai progressé sans difficulté et même mieux que ça : au retour de mon premier congé maternité, on est venu me chercher pour de nouvelles responsabilités ; après mon deuxième enfant, pareil et après mon troisième, j’ai encore obtenu une promotion. Ce que je voyais de la situation d’autres femmes autour de moi m’a d’abord fait dire que j’avais beaucoup de chance. Et puis, je me suis dit que ça ne devait pas relever de la chance, mais que toutes les femmes compétentes avaient elles aussi droit d’être reconnues pour leur travail et d’évoluer en fonction.

 

 

Quelle vision avez-vous de l’égalité femmes/hommes ?

Income differences between men and womenGarance Wattez-Richard : Je suis contre la notion d’égalité femmes/hommes. Nous sommes différent.es et le nier, ce n’est pas faire avancer quoi que ce soit. C’est passer à côté de toute une partie du sujet, à savoir les besoins différents que nous pouvons avoir. C’est aussi braquer une majorité de gens qui n’écoutent plus dès lors qu’on leur assène, contre toute réalité observable, que femmes et hommes sont pareil.les. En revanche, je suis pour l’égalité des chances et des opportunités et pour l’égalité des salaires. A travail de valeur égale, récompense égale.

 

Diversity and toleranceNathalie Aubonnet : Il faut mettre en place des conditions pour que chacun.e puisse faire valoir ses talents et avancer. Des actions volontaristes sont nécessaires car on voit bien que sans ça, rien ne change. Si on veut plus de femmes aux responsabilités, pas pour avoir plus de femmes mais parce qu’il y a beaucoup de femmes qui en sont capables et qui peuvent apporter beaucoup, il faut se fixer des objectifs et se donner des moyens.

 

 

Quels sont les moyens qui vous semblent pertinents à mettre en œuvre pour faire progresser la part des femmes aux responsabilités ?

Working up to the finale of her presentationGarance Wattez-Richard : Je pense qu’il faut commencer par combattre ce que l’on pourrait appeler la bienveillance limitante. Ce n’est pas nouveau, l’enfer est pavé de bonnes intentions ! La bienveillance limitante en entreprise c’est le réflexe qui fait dire « Oh ! Elle vient d’avoir un enfant, ce n’est pas le moment de lui mettre la pression avec de nouveaux challenges » (ça marche aussi avec « elle a la trentaine, elle va surement avoir un enfant bientôt », celle-là, je l’adore !) ou bien « Elle n’a pas l’air très sûre d’elle, on va la laisser gagner en confiance avant de lui proposer un poste plus important », « Il y a beaucoup de déplacements dans ce poste, je ne pense pas qu’elle ne voudra sacrifier sa vie de famille ». Non ! On arrête de penser à sa place et on lui pose la question. Elle dit oui ou non, après avoir pesé le pour et le contre, fait ses arbitrages, éventuellement négocié avec son conjoint, mais ça, ça la regarde.

 

The balancing act of a working momNathalie Aubonnet : Il est cependant important de prendre en compte la réalité de la situation des femmes. Par exemple, le fait que dans encore beaucoup de familles, c’est sur elles que repose la prise en charge des enfants en bas âge en amènent un certain nombre à reporter un projet professionnel impliquant des contraintes horaires fortes ou des déplacements.

Toutefois, je pense que ce n’est pas là un sujet de femmes pour les femmes. C’est une question plus générale d’équilibre de vie, qui s’adresse aussi aux hommes. De façon générale, je pense, qu’il faut que la mixité soit l’affaire de chacune.e et bénéficie à toutes et tous.

 

 

Justement, la question de l’engagement des hommes dans le mouvement en faveur de la mixité est un vrai serpent de mer des politiques d’égalité en entreprise. Comment pensez-vous qu’on puisse mieux les embarquer dans cette dynamique ?

businessman with briefcaseGarance Wattez-Richard : Il s’agit bien d’une dynamique, ce qui signifie que s’il y a un plafond de verre pour les femmes, force est de reconnaître qu’il y a aussi un plancher de verre pour les hommes. L’obligation de réussir les soumet à une pression extrêmement forte. Et il est normal qu’ils se braquent quand on leur parle de faire de la place aux femmes sans leur proposer à eux une place qui les satisfasse. Il y a deux discours à leur tenir : le premier, c’est qu’on ne prend pas leur place, mais qu’on entre en compétition avec eux (ça ne devrait pas les déranger, au contraire, s’ils aiment la compétition comme on le voit partout dans ces fameux tableaux comparatifs, aux éternelles deux colonnes, qui nous disent que l’équivalent de l’homme compétitif est la femme empathique !) et le second, c’est qu’eux aussi ont le droit de ne pas avoir que le boulot dans la vie, sans pour autant être des « losers ».

 

father holding the daughter/ child hand behind the traffic lightsNathalie Aubonnet : En effet, on a eu des témoignages lors d’événements Mix’In spécifiquement consacrés à la situation des hommes, de pères qui se cachaient pour aller chercher leurs enfants à l’école. Il est essentiel que ce type d’expérience soit relaté, pour la personne elle-même qui sort de son silence, mais aussi pour les autres hommes que cela autorise à dire à leur tour leur envie de réussir professionnellement tout en ayant une vie familiale épanouissante. Et c’est encore important que les femmes entendent cela, pour savoir qu’elles ont des alliés qu’elles ne soupçonnent pas forcément parmi ces hommes-là.

 

 

Pour vous, quel rôle doit tenir un réseau mixité en entreprise ?

Group of business people in the office building lobbyNathalie Aubonnet : Le réseau mixité vient en appui de la volonté des dirigeants de faire bouger les choses. Il va notamment jouer sur la culture de l’entreprise : en tant qu’espace de libre parole au sein de l’organisation, le réseau permet que chacun.e s’exprime à propos d’un sujet sur lequel les opinions sont parfois très tranchées faute d’échanges de points de vue des un.es et des autres. En créant des occasions de réfléchir et discuter ensemble sur la mixité, on se découvre des points d’accord, on nourrit la confiance et l’envie d’agir, on implique tout le monde. C’est pourquoi j’insiste sur le fait que le réseau doit être mixte.

Le deuxième rôle du réseau, c’est de contribuer à faire sauter les silos. Il permet la rencontre entre personnes de l’entreprise qui n’ont pas l’habitude de se fréquenter et il est aussi fait pour nous ouvrir à des interlocuteurs d’autres horizons, qu’il s’agisse d’autres réseaux d’autres entreprises dans d’autres secteurs, de personnalités de la société civile, d’expert.es…

 

8a5076c61ae178ed5417ca4449b1f0e8Garance Wattez-Richard : Je trouve cette dimension d’ouverture culturelle essentielle. Nous allons d’ailleurs porter de plus en plus la question de la situation des femmes dans le monde au sein du réseau Mix’In. Nous ne devons pas oublier que même si la mixité doit progresser encore dans nos entreprises et dans la société occidentale, nous sommes très gâté.es. Pour nous, de voir des femmes qui n’ont pas autant que nous, mais qui sont courageuses, qui se battent, qui ont des idées, qui contournent les obstacles et parfois soulèvent des montagnes, nous permet de nous remettre en cause, de constater que nous avons quand même beaucoup de chance – et ne pas nous reposer sur nos lauriers ! L’inspiration est là aussi, pour la transformation de nos organisations.

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog Financi’Elles.

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1 commentaire

  1. Pascale Bracq

    L’implication des hommes est portée au niveau mondial par le mouvement onusien HeForShe. Approche « grand public » au départ, lancée par le puissant discours d’Emma Watson à la Tribune de l’AG des Nations Unies, il a permis à des nombreux hommes (et femmes) de montrer leur soutien et de s’impliquer individuellement pour les droits des femmes. De plus en plus nombreuses sont aujourd’hui les entreprises qui s’en sont emparées pour sensibiliser/mobiliser leurs collaborateurs et l’utiliser comme un véritable outil de conduite du changement. Le Comité ONU Femmes France les accompagne dans cette démarche (www.onufemmes.fr)

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