Jouons-la comme le staff féminin d’Obama : la stratégie de l’amplification

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des convictions et des idées la mixité en action
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Dans le staff rapproché d’Obama, on comptait, lors du premier mandat, une conseillère pour deux conseillers. Si ces femmes étaient suffisamment nombreuses pour échapper au syndrome de la schtroumpfette (voir vidéo en fin d’article) qui réduit une femme seule dans un monde d’hommes à l’assignation au féminin, leur état de « minorité » n’en était pas moins un handicap pour faire entendre et avancer leurs idées.

Elles ont trouvé une stratégie aussi habile qu’efficace pour lever ce frein à leur capacité d’influence : l’amplification. Décryptage et explications.

 

Eh oh! Y a de l’écho?

Female messenger negotiator with a loudspeaker horn showing victory signDès 2009, plusieurs des conseillères de la Maison Blanche se sont fait ensemble la remarque qu’elles n’étaient pas toujours conviées aux réunions importantes et que, quand elles l’étaient, elles peinaient à faire entendre leur voix dans une assemblée habituée aux codes « alpha mâle » de la discussion et de la prise de décision. Elles notèrent également que si les idées qu’elles exprimaient semblaient inaudibles, elles ne tombaient pas toujours dans l’oreille de sourds. En effet, elles constatèrent que des hommes autour de la table se réappropriaient parfois leurs judicieuses propositions sans forcément penser à rendre à Césarine ce qui lui appartenait.

Drôle de phénomène qui fait que selon la voix qui porte le discours, les oreilles soient plus ou moins ouvertes et attentives ! Qu’à cela ne tienne, s’il faut amplifier sa voix pour se faire entendre, sachant qu’il est mal vu de lever le ton trop haut au risque de se faire coller l’étiquette d’« hystéro » et qu’il serait pour le moins impromptu de venir en réunion avec un mégaphone syndical, elles ont opté pour le stratagème du chœur, rapporte le Washington Post. Quand l’une émet une idée pertinente, les autres la répètent jusqu’à ce que tout autour de la table, on la prenne en considération et on la mette au menu des discussions.

 

De la force du collectif solidaire, au bénéfice de toutes et tous

Au bout de quelques temps, Barack Obama s’est aperçu du stratagème très « soft power » de ses conseillères. Et d’en tirer les leçons, en engageant davantage de femmes et des jeunes dans son staff pour que joue plus naturellement l’effet « masse critique » qui permet aux différents points de vue de s’exprimer en légitimité et en bénéficiant de soutiens.

Set of regulators.La stratégie de l’amplification mise en œuvre par les conseillères de la Maison Blanche nous conforte dans une conviction (la force du collectif pour faire avancer l’agenda de la mixité) tout en se révélant porteuse d’innovation managériale : en donnant de la puissance à ce qui ressemble à des « signaux faibles » (qui ne sont pas si faibles que ça, car c’est plutôt du côté du réglage du sonotone des destinataires que de l’aphonie des émissaires qu’il faut aller chercher les causes de leur inaudibilité), on atteint l’objectif immédiat de « ne pas se priver » d’idées intelligentes et on contribue aussi, sur le plus long terme, à repenser en profondeur les critères de la légitimité et les modèles organisationnels (notamment ceux de la prise de décisions).

 

La stratégie de l’amplification made in « White house », mode d’emploi

hiresJouons comme le staff féminin d’Obama : chaque fois qu’une personne fait une proposition ou une déclaration intéressante sans qu’elle soit suffisamment prise en compte, donnons-lui du rebond jusqu’à ce qu’elle prenne sa juste et pleine place dans le débat.

C’est tout simple : on commence par « Je suis d’accord avec Isabelle quand elle dit que… + propos rapporté », puis si nécessaire « Je voudrais revenir à ce qu’Isabelle a dit tout à l’heure de… + propos rapporté », « Isabelle nous disait que… + propos rapportés. Est-ce que c’est bien, ça, Isabelle ? », « L’idée de Nicolas est intéressante, c’est à rapprocher de ce qu’Isabelle propose sur… + propos rapporté. » etc.

Une bonne pratique toute simple à mettre à oeuvre pour tout de suite donner un meilleur écho aux voix des femmes qui, on ne le rappellera jamais assez, ne sont ni plus ni moins compétentes que les hommes, mais encore trop souvent insuffisamment reconnues pour leurs talents

 

Marie Donzel, pour le blog Financi’Elles

Edition : Elina Vandenbroucke

 

Pour en savoir plus sur le Syndrome de la Schtroumpfette

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