« L’ambition, c’est avoir confiance, oser, être déterminé »

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des convictions et des idées la mixité en action
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Rencontre avec Marie-Claire Capobianco, membre du Comité Exécutif du Groupe BNP Paribas et Directrice des Réseaux France (pôle Banque de Détail en France), membre d’honneur de Financi’Elles

 

Que représente Financi’Elles pour vous ?

Marie-Claire Capobianco : Financi’Elles est la communauté qui rassemble l’ensemble des réseaux qui œuvrent pour favoriser la mixité dans la finance, secteur d’excellence en France. Il est toujours intéressant de fédérer les initiatives par secteur. C’est un grand honneur pour moi d’être la marraine de cette force collective qui porte la voix des femmes et la valeur de la mixité dans l’économie. Ce fut par exemple le cas le 8 mars dernier, quand Financi’Elles a été consultée à l’Assemblée nationale sur la thématique de l’égalité femmes/hommes pour apporter son point de vue différent sur l’ambition des femmes.

 

« L’ambition », c’est le fil rouge de Financi’Elles pour cette année 2018. Comment cette notion résonne en vous ? 

Marie-Claire Capobianco : Quand on m’a interrogée, il y a quelques années, sur ce que je mettais dans la notion d’ambition, j’ai pris conscience que j’y associais alors des connotations négatives : pour moi, ça rimait  avec arrivisme, carriérisme… Aujourd’hui, j’en donne une définition beaucoup plus positive : l’ambition, c’est avoir confiance, oser, être déterminé à atteindre ses objectifs. C’est l’audace, c’est se lever chaque matin avec l’envie d’agir.

 

On dit que les femmes manquent d’ambition… Êtes-vous d’accord avec cela ?

Marie-Claire Capobianco : On sait que structurellement, les femmes s’expriment moins et se mettent moins en visibilité que les hommes. Elles s’autocensurent davantage, sont plus sujettes au complexe d’imposture et se posent davantage de questions avant de prendre des risques. Est-ce un manque d’ambition de leur part ? Pas si sûr. Des études (ndlr : dont la consultation Financi’Elles) montrent que les femmes ont envie de réussir et ont confiance en leurs capacités. D’autres études montrent que les hommes doutent autant que les femmes. Ce qui fait la différence, c’est la façon dont cela s’exprime. L’injonction à la prudence pour les femmes est aussi fortement inscrite dans notre culture que l’obligation faite aux hommes de cacher leurs faiblesses. 

 

Vous êtes signataire, au nom de BNP Paribas, d’un accord-cadre avec l’état en faveur de la promotion de l’entrepreneuriat des femmes. Pourquoi avez-vous souhaité engager votre groupe dans cette mission ?

Marie-Claire Capobianco : Nous avons effectivement renouvelé à l’automne 2017 l’accord-cadre en faveur de l’entrepreneuriat des femmes que nous avions conclu en 2014 avec le Ministère des Droits des Femmes. Dans la foulée, nous avons mobilisé une enveloppe de 2 milliards d’euros pour accompagner le développement de projets entrepreneuriaux portés par des femmes.

Cet engagement procède de notre mission générale en tant que banque : financer l’économie. A ce titre, il est dans notre intérêt de contribuer au développement de l’entrepreneuriat en général. Je ne cache pas, à titre personnel, une vraie passion pour ce thème, car j’aime le tempérament entrepreneurial : c’est le tempérament de celles et ceux qui ont envie, qui ont des idées, qui osent, qui se battent, qui ont l’esprit de solution, qui se relèvent quand ils tombent…

Nous avons identifié trois axes prioritaires de soutien à l’entrepreneuriat :

  • L’innovation : c’est un puissant facteur de développement, mais qui par définition va vers l’inconnu, ce qui ne facilite pas le financement ;
  • L’économie sociale et solidaire ou entrepreneuriat à impact : c’est une tendance qui émerge fortement ces dernières années et je crois beaucoup en ce vivier extraordinaire d’entrepreneurs en quête de sens pour leur activité ;
  • L’entrepreneuriat féminin : on dit que les femmes comptent pour 1/3 des entrepreneurs, mais si on enlève la part des micro-entreprises, on est autour de 10% de cheffes d’entreprise. Or, si autant de femmes que d’hommes aboutissaient dans la création de leur projet entrepreneurial, la France pourrait gagner, selon une projection de l’OCDE, jusqu’à 0,4 % de croissance annuelle supplémentaire.

 

L’innovation, l’entrepreneuriat à impact et l’entrepreneuriat féminin ont-ils en commun d’être les « outsiders » de l’économie d’aujourd’hui ?

Marie-Claire Capobianco :  L’innovation et l’entrepreneuriat à impact ont vocation à « faire différemment », à changer de modèle. Je ne pense pas qu’on puisse dire que l’entrepreneuriat féminin est, du fait du genre de l’entrepreneur, un entrepreneuriat différent.  Il y a – et doit y avoir – des femmes dans l’innovation, des femmes dans l’économie sociale et solidaire comme il y a – et doit y avoir – des femmes dans tous les champs de l’entrepreneuriat. Les femmes comptent pour la moitié de l’humanité, elles sont capables d’entreprendre et en ont envie. Ce qui compte, c’est la performance de leurs entreprises et c’est sur cela que notre attention et nos efforts doivent porter. Plus de croissance des entreprises c’est au final une société qui fonctionne mieux.

 

Quel est votre point de vue sur les quotas de femmes dirigeantes ?

Marie-Claire Capobianco :  Comme la plupart, j’étais contre les quotas au départ. Force est de constater que la loi Copé-Zimmermann a eu des effets positifs. Mais maintenant, il faut aller plus loin : comment mieux repérer les femmes en capacité de prendre position dans les conseils mais aussi dans les ComEx et l’encadrement supérieur ? Comment accompagner leur prise de fonction pour qu’elles puissent effectivement faire entendre leur voix ? Et la bonne nouvelle, c’est que les Directions Générales avec leurs RH se sont emparés de ces questions pour tester des solutions efficaces et faire avancer nos pratiques.

 

Vous-même avez été la première femme à entrer au Comex de BNP Paribas… Et vous y avez été la seule femme pendant 5 ans. Avez-vous vécu ce qu’on appelle « le syndrome de la Schtroumpfette »* ?

Marie-Claire Capobianco :  Le ComEx de BNP Paribas est une équipe constituée de personnes qui se connaissent depuis très longtemps et qui ont grandi ensemble et ont donc une histoire commune. C’est ce qui m’a permis d’y être vue comme Marie-Claire Capobianco et non comme « la femme qui entre au ComEx ». Je m’y suis donc sentie parfaitement à l’aise et en capacité de m’exprimer dès le départ. J’ai néanmoins conscience que ce n’est parfois pas toujours le cas dans d’autres Groupes.

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog Financi’Elles.

 

 

* Ndlr : Le syndrome de la Schtroumpfette, qualifié par Katha Politt dans les années 1990, désigne la situation d’une femme seule dans un univers d’hommes. Assignée à représenter le genre féminin avant de pouvoir exprimer ses compétences et sa singularité, elle peut être tentée d’adopter deux types d’attitude pour faire sa place : soit se conformer aux attentes associées aux stéréotypes de la féminité et chercher à justifier d’une « plus-value » féminine, soit surjouer les codes de la masculinité pour faire valoir sa légitimité dans le cercle des pairs masculins.

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