3 questions à Eléna Fourès, une femme de tête

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Eléna Gamzé – Fourès
Ph.D., Sorbonne 1981
Eléna Gamzé – Fourès Ph.D., Sorbonne 1981

Eléna Gamzé – Fourès
Ph.D., Sorbonne 1981

Le genre est l’invariant identitaire absolu

1 – Pourquoi le sujet du leadership au féminin est-il à la mode aujourd’hui?  Où en est la place de la femme dans la société française ?

EF :  Ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui car cela fait dix ans que nous en parlons. A propos du genre, nous avons des études scientifiques qui contredisent une plateforme idéologique notamment en France qui dit qu’il n’y a aucune différence entre les hommes et les femmes. Récemment j’ai assisté à un évènement autour de la « Gender Resilience » où le débat portait sur : qui est le plus résilient : femmes ou  hommes ? Le panel a prétendu qu’il n’y avait pas de différences entre la résilience des femmes ou des hommes – posture politiquement correcte -, mais scientifiquement inexacte.

Aujourd’hui, le périmètre de pouvoir est encore majoritairement dédié aux hommes. L’entrée des femmes dans cette sphère de pouvoir constitue donc une forme de menace pour eux. Les femmes ne sont pas traitées pareil que les hommes ; par exemple, quand on évoque la nomination d’une femme, on parle souvent du nombre de ses enfants, on ne le fait pas pour un homme pour des raisons sociétales et culturelles.

Les femmes ont investi la sphère de l’expertise dans tous les domaines et même si des métiers se sont fortement féminisés, ne nous y trompons pas ; le pouvoir appartient encore aux hommes – hormis peut-être dans le monde politique où nous observons aujourd’hui une certaine forme de parité.

Quand on parle de leadership au féminin et pour prendre le pouvoir, il faut développer d’autres qualités et aptitudes que le dévouement et la capacité à se sacrifier.

2 – Comment expliquez-vous que la conscience collective des femmes soit si peu développée ? Y-a-t-il une forme de conditionnement des femmes en France ?

EF : Je ne crois pas qu’il y ait une conscience collective mais je parlerais plus volontiers d’un conditionnement social, avec des spécificités culturelles.  Ainsi les femmes françaises ne sont pas les mêmes que les Russes ou les Italiennes. En France, il y a des traits communs à l’identité féminine en raison de l’éducation, la culture, la tradition et les rôle modèles incarnés par les mères et tantes. On observe une souffrance des femmes quarantenaires ou plus en France car la plupart avaient des mères qui ne travaillaient pas. C’est moins vrai chez les femmes qui ont moins de trente ans.

La conscience collective est un concept psychologique et non scientifique et c’est la raison pour laquelle je ne souhaite pas m’exprimer sur le sujet. Ce que je peux dire c’est qu’il existe un conditionnement culturel spécifique qui fait que les femmes sont effrayées à l’idée que l’on dise « c’est parce qu’elle est jolie qu’elle a été promue ». La dominante du comportement collectif féminin en France est la peur d’exprimer son côté « femme ». Dans l’éducation française, il y a un fond qui fait que les femmes n’ont pas confiance en elles et manquent de fierté d’appartenance. Il est impossible d’être leader et de prendre le pouvoir pour les femmes si elles se considèrent comme non légitimes. Le leadership se construit nécessairement avec l’acceptation de soi.

3 –  Qu’est-ce qui est incompatible avec le leadership?

EF : J’évoquerais en premier lieu la peur : on ne peut pas avoir peur et être leader. Puis, l’incapacité de dire non qui en découle. J’ajouterais l’absence de vision et de convictions. Le conformisme est également incompatible avec le leadership. Enfin le manque de confiance et de respect de soi fait que vous ne pouvez avoir une posture de leader.

Interview réalisée en Octobre 2018 par Ariane Bénard Mechler pour Financi’Elles

A propos de Eléna Fourès : 

Executive coach international, Eléna a 29 ans d’expérience sur les 3 continents dont 20 ans en Europe. Multiculturelle, née en URSS, Elena travaille en 5 langues. Spécialiste reconnue du développement des dirigeants, Eléna intervient dans les Grands Groupes Multinationaux de Finance, d’Industrie et de Services sur les sujets de Standards de Leadership, Gender Leadership, Performance d’organisations, Cultural factor & business development. Elle a publié en 2010 « Leadership au féminin » paru aux Editions Progressor, traduit en allemand en 2013,  « Le Guide de Mentor » en 2014 et «Le Guide de Mentoring » en 2015.

OUVRAGE FOURES

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